Franconie, le vignoble oublié de Bavière
Discrète et lumineuse, la Franconie s’étend le long des méandres du Main, au cœur de la Bavière. Là, sur des coteaux abrupts baignés de lumière, s’épanouissent depuis l’époque romaine des vignes courageuses. Leur vin blanc, dense et minéral, raconte une terre rude menacée aujourd’hui par le réchauffement du climat.

Au détour d’une route sinueuse, les coteaux franconiens se dressent comme un amphithéâtre de pierre et de verdure. Ici, les vignes épousent la pente, serrées les unes contre les autres, accrochées à la roche calcaire. L’air est léger, traversé d’effluves minérales. Lorsque le soleil décline sur les terrasses, la lumière dore les feuilles et fait luire les murets qui retiennent la terre depuis des siècles.
Sur ces pentes où le pas hésite, on cultive la vigne depuis plus de deux millénaires. Les Romains y auraient planté les premiers ceps, profitant des coteaux les plus ensoleillés pour produire un vin clair et racé. Aujourd’hui encore, le Silvaner, cépage emblématique, traduit la force du sol et la rigueur du climat : un vin blanc précis, sec et cristallin, qui reflète la minéralité du paysage.
Mais le tableau s’assombrit. Les épisodes de sécheresse épuisent les ceps, l’érosion ronge les collines, et la chaleur fait perdre au vin sa fraîcheur caractéristique. Les vignerons observent, s’adaptent, expérimentent. Certains creusent des fosses de rétention d’eau, d’autres testent des cépages plus résistants ou restaurent les vieux murs de pierre pour protéger le sol. À leurs côtés, les chercheurs mesurent, comparent, espérant sauver l’équilibre fragile d’un vignoble unique en Europe.
La Franconie ne se contente pas de produire du vin ; elle offre un paysage de résistance. Ces vignes, suspendues entre ciel et calcaire, racontent le courage silencieux d’hommes et de femmes qui se battent pour préserver un goût, une lumière et un héritage millénaire.
